À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Un écrivain couche sur papier une histoire qui lui est inspirée par les légendes qui courent à Amianteville au sujet d’une entité malveillante qui aurait vécu là où se trouve maintenant la rue Principale. Les actes profanateurs du Crevard, l’un des personnages de la nouvelle, ont une incidence sur la vie de l’écrivain qui se trouve bientôt assailli par l’entité diabolique. Il meurt noyé dans son appartement.
Commentaires
Dans une tentative louable de réappropriation du fantastique québécois du XIXe siècle, Michel Bélil convoque les figures du loup-garou, du jeteux de sorts, du feu follet et autres diableries dans « Le Crevard ». Celles-ci seraient apparues à la suite de l’explosion (!) d’une abominable entité tapie dans le sous-sol d’Amianteville.
L’entreprise de l’auteur s’avère un échec en raison du manque de caractérisation de l’esprit maléfique qui tourmente quelques résidents d’Amianteville. Elle demeure trop floue pour être efficace. En outre, Bélil commet un contresens historique quand il mentionne : « […] de combien d’autres démons insondables que des écrivains du XIXe siècle n’auront pas couchés sur papier de crainte des représailles d’une Église toute-puissante et conservatrice. » Il n’ignore pourtant pas l’œuvre des Fréchette, Beaugrand, LeMay ou Taché qui ont fait vivre ces figures fantastiques du passé.
« Le Crevard » souffre aussi d’une faiblesse majeure : le point de focalisation est trop instable. On dirait que Bélil n’arrive pas à déterminer qui est le personnage principal de la nouvelle. On pourrait croire que c’est le Crevard mais il est si mal défini que le Trouillard, son complice, finit par l’éclipser. On ne comprend pas trop ce qu’il leur arrive, les enjeux étant trop nébuleux. Et que dire de Bonhomme Citrouille qui occupe une part du récit mais qui apparaît tout à fait inutile dans l’économie de la nouvelle ? Tout cela, finalement, pour se rendre compte que le véritable protagoniste du « Crevard », c’est l’auteur qui tente de donner vie à ces personnages sans épaisseur. Bref, la contamination du réel par la fiction apparaît artificielle car on n’explique pas en quoi les agissements des personnages fictifs influencent le présent de l’écrivain.
Le regard critique que porte ce dernier sur la nouvelle qu’il écrit ne fonctionne pas non plus. Cette mise en abyme confère au texte une impression de première version, de brouillon, ce qui, à la lumière des nombreuses coquilles typographiques et, surtout, d’un manque de maîtrise de l’écriture – emploi fautif de mots, tournures de phrases laborieuses –, s’avère effectivement le cas. Par exemple, dans l’extrait qui suit, « réfugiés » aurait été plus approprié que « hébergés » : « […] une fâcheuse réputation due sans doute aux criminels et psychotiques qui s’y sont hébergés ».
« Le Crevard » est une nouvelle vraiment décevante de la part d’un auteur qui venait de publier cette même année son premier livre, Le Mangeur de livres. [CJ]