À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
De la Nébuleuse
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
L'Écran 3
Pagination
39-40
Lieu
Waterloo
Année de parution
1974

Résumé/Sommaire

Dieu est désormais seul dans son paradis puisque sa femme, Udie, est morte. Désespéré de la retrouver, il décide de créer Adam et Ève, dans un incubateur nommé Univers, espérant que leur descendance engendrera un jour un double parfait d’Udie. Il la trouve finalement chez une jeune femme montréalaise, Elvire, condamnée par une maladie fulgurante. Elle disparaît soudainement et apparaît au paradis, inconsciente. Dieu éteint l’univers et réactive le paradis, mais Elvire meurt, son esprit étant encore aux côtés de Patam, son amant cycliste.

Commentaires

Dans cette nouvelle, André Carpentier joue avec les codes de la nouvelle fantastique, autant par la structure inversée du récit que par les clins d’œil et les jeux de mots qui parsèment le texte. Contrairement au fantastique traditionnel, il ne s’agit pas du surnaturel qui surgit dans un cadre réaliste, mais du réel qui surgit dans un cadre surnaturel. Ainsi, la nouvelle est séparée en trois parties, la première et la dernière se déroulant au paradis et ayant pour protagoniste un Dieu bien moins qu’omnipotent et omniscient.

C’est dans son histoire que surgit le réel sous la forme d’un jeune couple de Montréalais, affligés par la maladie de la jeune femme. Nous n’avons jamais accès à la réaction des humains devant cette intervention divine (la disparition soudaine d’Elvire [ou « elle vire »]) sinon la marque physique de la surprise, c’est-à-dire la perte de contrôle du vélo. La chute de la nouvelle crée bel et bien un effet de surprise, mais qui n’est pas provoqué par le surgissement du surnaturel, plutôt par les limites du pouvoir de Dieu, ce qui le surprend lui-même autant que le lecteur. S’il a pu créer l’univers et le détruire simplement pour retrouver son épouse bien-aimée, Elvire meurt malgré tous les efforts qu’il déploie, l’esprit de la jeune femme étant toujours sur Terre, et plus précisément sur le vélo en dérapage de son amant Patam Strarrick (anagramme de Patrick Straram, auteur franco-québécois aussi connu sous le pseudonyme Le Bison Ravi).

D’ailleurs, les jeux de mots et les traits d’humour, qui semblent un peu datés, jouent un grand rôle dans l’établissement du cadre fantastique de la nouvelle, bien qu’il ait tendance à le désamorcer par le fait même. Par exemple, l’étrangeté de la maladie d’Udie (anagramme de « dieu » et jeu de mots avec « eût dit ») est évoquée par le narrateur en des termes métafictionnels qui ont tendance à brouiller les frontières : « Udie tomba soudainement malade, atteinte d’un mal dont même Dieu dut reconnaître l’inquiétante étrangeté ! Udie était mourante ; et, en toute invraisemblance, Dieu n’y pouvait rien ! ». À une époque où la désertion des Québécois face au religieux atteint des sommets, le narrateur omniscient de Carpentier crée ainsi un sentiment trouble à l’égard d’un démiurge dépassé par les événements et offre une cosmogonie à hauteur d’homme, fondée sur le sentiment amoureux et le deuil impossible.  [ED]