À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Prisonnier de son corps-prison, condamné pour crime de lèse-humanité, le narrateur se voit accusé du crime de lèse-crépuscule pour avoir craché sur le soleil. Sa peine presque terminée, il décide de s’évader de son corps par la bouche, la nuit venue. Il trompe ainsi la vigilance de ses gardiens et fuit dans le grand air de la forêt, devenant arbre, maison, oiseau, île et vent, en attendant qu’on le retrouve pour mieux le ramener dans sa geôle.
Commentaires
« Fugitif », qui compte moins de deux pages, est une très brève nouvelle poétique qui clôt le recueil Contretemps. Son appartenance au genre (c’est d’ailleurs l’un des deux seuls textes du livre relevant du fantastique) découle surtout de l’onirisme qui imprègne le récit. En effet, il s’agit surtout de « sortir de son corps », de se libérer d’une carcasse trop pesante qui fait figure de prison (la main droite est, par exemple, la cour de la geôle). Cette histoire est donc plus intéressante par son style, léger comme la liberté dont rêve le narrateur, ainsi que par son atmosphère : « les teintes du couchant se sont dégradées, le crépuscule tout entier s’est brouillassé […] J’ai finalement écopé de huit jours de crâne pour outrage au couchant » (p. 129).
De surcroît, des éléments bibliques s’intègrent naturellement (Jonas, Sara…) à ce court récit, enrichissant le sentiment d’élévation qui semble visé. En ce sens, terminer le recueil par une nouvelle fantastique est une idée bien trouvée, qui permet de transcender le réel et de laisser le lecteur sur une impression métaphysique poignante.
Néanmoins, l’ultime paragraphe rappelle la fatalité des chaînes qui nous amarrent au sol : « un jour ou l’autre, une main lourde va s’abattre sur mon épaule légère et l’on va me ramener en prison, menottes aux poignets. Et ils me condamneront à perpétuité » (p. 130). [AG]