À propos de cette édition

Éditeur
Écrits du Canada français
Genre
Fantastique
Longueur
Nouvelle
Paru dans
Les Écrits du Canada français 41
Pagination
33-42
Lieu
Montréal
Année de parution
1978

Résumé/Sommaire

Le narrateur et sa compagne se promènent dans un parc d’amusement, un samedi, et observent les rares passagers de la roue éponyme, haute et obsolète. Un vieux couple s’y trouve déjà ; un jeune couple y monte. Sous l’œil d’un con­trôleur manifestement dépassé, la grande machine donne des signes de détraquement de plus en plus inquiétants. Le vieux couple, apparemment ragaillardi, en sort lorsque sa nacelle atteint le niveau du sol, mais le jeune couple reste naufragé au zénith de la structure lorsque celle-ci se bloque définitivement. Les amoureux y resteront toute la journée, puis toute la nuit. Au matin, ce ne sont ni les pompiers ni une reprise du service qui les délivreront, mais l’affaissement au ralenti de la structure, dont ils seront sauvés par un métaphorique oiseau géant.

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Commentaires

Curieuse nouvelle que celle-là, et curieuse structure. Le premier et le dernier segments sont narrés au conditionnel, « Nous aurions pu… », comme si l’auteur prenait son auditrice à témoin d’un scénario hypothétique, imaginaire. Le long segment central, au passé simple, est pour sa part factuel, il rapporte ce qui s’est passé ce samedi printanier dans le réel de cette fiction. Quelque chose de semi-réaliste, puisque dans le « vrai monde » du Parc Belmont ­ – jamais nommé mais clairement reconnaissable – des secours se seraient organisés avant le lendemain et les badauds ne s’en seraient pas désintéressés !

L’écriture de Brossard est fort belle, quasi impeccable, les observations très détaillées du narrateur sont d’une grande justesse. Le rythme est posé, presque bucolique, un peu détaché comme le sont les divers personnages et figurants, qui jamais ne donnent l’impression d’assister à un drame ni d’en décrire un. Le jeune couple naufragé dans les hauteurs ne panique guère, ni ne tente une désescalade – il est vrai qu’on leur envoie des vivres, par un système de poulie qui semble même prévu à cet effet.

L’écroulement final, quasi cataclysmique, signale un basculement dans le registre de la fable. Le jeune homme et la fille semblent échapper à la gravité, puis sont pris en charge par « un grand oiseau lunaire » doté « d’ailes immenses et diaprées » qui les emmène vers le ciel.

Le dernier segment, livré au conditionnel et adressé comme le premier à la compagne du narrateur, tend deux perches au lecteur, celle du rêve (ils auraient dormi dans la cabine du contrôleur, et pourraient donc avoir rêvé le dénouement mystique), et celle du doute car « de longues traînées rougeâtres » évoquent une fin plus sanglante à l’accident de la veille – la grande roue étant du reste redressée et en parfait état de fonctionnement.  [DS]