À propos de cette édition
Résumé/Sommaire
La NASA a détecté une étrange structure métallique sur Mars et décide d’envoyer une équipe de reconnaissance pour étudier le phénomène. Après un voyage de huit mois, l’équipage fait une fausse manœuvre lors de l’atterrissage. Personne n’est blessé, mais la navette est trop endommagée pour que les astronautes puissent espérer la réparer. Heureusement, l’atmosphère de la planète rouge est respirable, et le sol martien, même s’il est très sec, est fertile, comme en témoignent quelques arbustes qui y poussent tant bien que mal. Les membres de l’équipage, même s’ils sont coincés sur Mars, ne risquent donc pas une mort imminente.
Puisqu’ils n’ont rien de mieux à faire, ils décident d’explorer la structure métallique, qui s’avère être une ville abandonnée. Ils y font la rencontre d’Ankar, une intelligence artificielle créée par les Bhoriens, une civilisation disparue depuis longtemps. Comme Ankar a pour mission de transmettre le savoir des Bhoriens, elle offre aux naufragés un vaisseau à antimatière, qui est suffisamment rapide pour rejoindre la Terre en moins d’une heure.
De retour sur leur planète d’origine, les membres de l’expédition déjouent des complots américains et russes (les deux nations voulant s’accaparer le vaisseau extraterrestre) et confient plutôt l’engin à l’ONU, qui monte aussitôt une expédition d’exploration de Proxima Centauri, où on suppose que les Bhoriens se sont exilés.
Commentaires
Il m’est difficile d’ignorer les incohérences scientifiques qui criblent le récit de L’Héritage de Bhor. Au moment de la publication de ce roman (en 1974), on savait depuis presque dix ans que l’atmosphère de Mars était beaucoup trop ténue pour être comparable à celle de la Terre. Ce genre de divergences par rapport aux connaissances scientifiques établies de l’époque ne relève donc pas du novum ou de l’extrapolation, mais bien de la paresse dans l’élaboration des stratégies narratives romanesques.
De même, le roman se caractérise par une absence presque totale de péripéties. Oui, il se passe des choses, mais elles n’affectent jamais les protagonistes, qui ne risquent pratiquement jamais rien. Ils s’écrasent sur Mars, mais personne n’est blessé, la voie de communication avec la Terre est toujours disponible, et ils parviennent à revenir sur leur planète sans trop de problèmes. Les tensions politiques qui résultent de leur retour sur Terre se règlent trop facilement, sans grands efforts. Il en résulte l’impression que le récit est arrangé, artificiel, sans profondeur.
Ce manque de naturel s’observe aussi chez les personnages, qui sont cruellement dépourvus de personnalité. L’équipage est composé de quatre membres : le commandant Mikael Miller, un astronaute américain ; Hart Caine, un électronicien américain ; Richard Lewis, un biologiste américain et Frantz Kramer, à la fois médecin et psychologue allemand. Dans un roman qui ne prend pas la peine de développer ses personnages, on s’attend au moins à ce que ceux-ci ne soient pas que des stéréotypes de leur métier, que la présence de l’électronicien, par exemple, s’explique principalement par le fait que le récit nécessite quelqu’un qui puisse raisonnablement posséder les compétences requises pour réparer tel ou tel gadget. Mais L’Héritage de Bhor ne se donne même pas cette peine. Les personnages ne font rien, n’accomplissent rien. Le médecin ne sert à rien parce que personne ne se blesse. L’électronicien ne sert à rien non plus. Le biologiste exprime bien le désir d’examiner des végétaux martiens, mais ses collègues l’en empêchent. Quant au commandant, il ne commande pas grand-chose.
Au final, L’Héritage de Bhor est un roman sans grand intérêt, mal construit et frôlant trop souvent le cliché. [GV]
Références
- Lortie, Alain, Requiem 19, p. 16.
- Parizeau, Alice, La Presse, 23-06-1986, p. B5.