À propos de cette édition

Éditeur
Paulines
Titre et numéro de la collection
Jeunesse-pop - 11
Genre
Science-fiction
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
108
Lieu
Montréal
Année de parution
1973
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Aux commandes du vaisseau Prométhée, le capitaine Thierry L’Arc et son équipage se dirigent vers Véga, située dans la constellation de la Lyre. Les Terriens ont installé une colonie sur la troisième planète de l’étoile, ce qui repré­sente l’extrême limite des territoires couverts par l’Organisation de l’Espace Inter-Galactique (OEIG). Aucun vaisseau terrien ne s’y est posé depuis huit ans. Le capitaine prend contact avec le gouverneur de Véga 3, David Crâne, qui lui apprend que depuis deux ans, la planète est sous le joug des Zvorakiens. Ceux-ci ont réduit la population à l’esclavage en contraignant les hommes et les femmes à travailler et à vivre dans les mines exploitées sur Véga 3 et les autres pla­nètes satellites. Quelques milliers de personnes seulement ont pu être téléportées dans une mine désaffectée au nord de la planète en compagnie du gouverneur.

Après une tournée de reconnaissance sur Véga 7 effectuée par Thierry L’Arc et son second à bord d’un chasseur photonique, le gouverneur propose d’attaquer par voie terrestre, avec les effectifs qu’il possède, une base minière située à soixante kilomètres de son quartier général. Avec l’appui d’une escadrille de chasseurs, les insurgés prennent la base Nirko et délivrent les travailleurs miniers qui viennent grossir leurs rangs. Ce succès incite les Terriens à utiliser une arme bactériologique pour tuer les Zvorakiens qui contrôlent les bases minières sur Véga 7, Véga 9, Véga 5 et Véga 4. S’engage alors une guerre des nerfs entre Thierry L’Arc et le chef des forces zvorakiennes, Mika, qui menace d’exécuter des milliers d’esclaves si L’Arc refuse de se joindre à son armée ou de se retirer.

Idak, un Gnorkien qui agit comme second du capitaine, est envoyé à Métropolis, capitale de Véga 3, pour tenter de délivrer les esclaves. Il est capturé et jeté dans une cellule après une éprouvante séance au cours de laquelle on a sondé son esprit. Idak réussit à s’évader et, avec l’aide de son compagnon de cellule, il incite les serviteurs des principaux chefs zvorakiens à tuer leurs maîtres. Guidé par un petit groupe de prisonniers libérés, dont le père du gouverneur, il se réfugie dans les caves de la ville où sont entreposées des armes à feu archaïques. Ainsi équipée et munie aussi de quelques radiants arrachés aux Zvorakiens, la petite troupe fait irruption dans le palais où loge Mika au moment où il s’apprête à ordonner l’exécution de cinq mille prisonniers. Idak le contraint à demander à ses soldats de se rendre. Incapable de supporter la honte de sa défaite, Mika se suicide en se jetant en bas du balcon du palais.

Commentaires

Jean-Pierre Charland n’avait que dix-neuf ans au moment de la parution des Insurgés de Véga 3, son premier roman. Aujourd’hui retraité de l’enseignement, il connaît beaucoup de succès comme auteur de sagas historiques. Ses romans figurent régulièrement au palmarès des meilleures ventes en librairie.

Pour ainsi dire inexistante au début des années 1970, la science-fiction qué­bécoise n’avait pas de modèle à proposer à un jeune auteur. Soit ce dernier devait explorer sa propre voie sans véritable mentor – comme l’ont fait Esther Rochon et Daniel Sernine, par exemple –, soit il devait s’inspirer de modèles étrangers. Il est assez évident que le jeune Charland a été influencé par la populaire série télévisée Star Trek. La représentation du vaisseau spatial reproduit l’imagerie de cette série culte de Roddenberry. L’influence la plus marquante concerne le personnage d’Idak, le second du capitaine du vaisseau, dont les caractéristiques rappellent Spock.

Idak est originaire de la planète Gnork, une des douze planètes gravitant autour de Proxima Centauri. Comme le Vulcain, il est doté d’une capacité de concentration exceptionnelle, d’une grande force physique et d’une logique cartésienne, ce qui le rend imperméable aux émotions. Quant aux Zvorakiens, à part la couleur grise de leur peau et leur petite taille par rapport à celle des Terriens, ils ne diffèrent guère des humains. Leur intelligence est appréciable et ils maîtrisent bien la technologie comme le démontrent leurs vaisseaux. Il ressort toutefois comme impression, à la fin de la lecture du roman, que leur défaite est attribuable à leur faible constitution. Idak n’en reconnaît pas moins que Mika « était un bon chef », ce qui confère à son suicide une valeur noble semblable à celle du seppuku japonais.

Les Insurgés de Véga 3 est un court roman à la trame narrative simple qui ne développe aucune intrigue secondaire. Le récit est concentré sur un objectif clair : délivrer les habitants de Véga 3 du joug des Zvorakiens. Les personnages sont décrits sommairement, l’auteur jouant sur le contraste entre le capitaine et son second. L’esprit de sacrifice et l’empathie qu’affiche L’Arc à l’égard des popu­lations confinées dans les mines tranchent avec la froide logique d’Idak.

Il faut savoir gré à Jean-Pierre Charland de n’avoir pas cédé à l’américanophilie. Plusieurs personnages, dont le capitaine, ont des noms français, tout comme le vaisseau spatial piloté par Thierry L’Arc qui est porteur d’un symbole fort. « Le Prométhée grec avait apporté le feu et la civilisation du soleil, c’était de mille soleils que le transtellaire ferait bénéficier notre civilisation. » Les visées du programme d’exploration spatiale sont animées ici par des valeurs humanistes. Il faut toutefois déplorer l’absence de personnages féminins. Sous ce rapport, l’auteur aurait eu intérêt à s’inspirer de Star Trek qui n’a pas hésité à imposer une femme dans un poste de commande, afro-américaine de surcroît.

Compte tenu de l’âge de l’auteur et du contexte historique, Les Insurgés de Véga 3 est un honnête roman de science-fiction pour jeunes. Il en faudrait cependant bien plus pour qu’un lecteur de dix ans soit aujourd’hui séduit ou impressionné par ce roman. Sa principale qualité repose sur la lucidité de l’auteur qui a bien jaugé ses limites et n’a pas cherché à trop en faire. Outre une structure narrative simple, il utilise des phrases courtes et bien construites qui visent d’abord à mener adéquatement un récit. Et sans être époustouflant, l’univers de science-fiction créé par Jean-Pierre Charland maintient notre intérêt. [CJ]

Références