À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Un vieux couple se rend pour la « fintsemaine » dans une maison délabrée en forêt, legs que l’homme a reçu de son oncle missionnaire en Afrique. Sous une pluie persistante, le séjour s’annonce lugubre, d’autant que l’endroit rarement visité sent la charogne : un couple de rats est mort depuis des mois au creux d’un rouleau de prélart, le mâle ayant apparemment dévoré la femelle.
Tout meurt ou se dégrade par paires : de petits érables plantés par le couple dépérissent l’un après l’autre, une rivalité fatale oppose les deux masques africains ornant le salon, la reine et le roi noirs d’un jeu d’échecs triomphent violemment des blancs. Se réveillant après la seconde nuit du séjour, le narrateur trouve dans le lit le corps décapité de son épouse. Il s’enfuit, ayant observé que le deuxième élément des paires funestes ne survit guère au premier…
Commentaires
Le narrateur est anonyme mais sa femme est baptisée « Vyolanse » (à prononcer à voix haute). Pourquoi ? Toute acariâtre qu’elle soit, ce sera elle l’ultime victime de la violence qui plane sur la tragique cabane. On ne saura pas non plus pourquoi le mari – même avant ce calamiteux week-end – voue une sincère détestation aux météorologues.
Michel Bélil, encore à ses premières armes, pratique avec le même enthousiasme le néologisme de bon aloi et l’analogie tirée par les cheveux. Outre la « fintsemaine » évoquée plus haut, citons « il nuageait », des fromages « svenbodanois », « son jour de propetage », « se rouillifie ». Quant aux secondes, mentionnons « La pluie tombait comme des soldats de Verdun ou des Juifs de Varsovie » ou « Le chemin de fromage fondait et devenait marécage pâteux, comme de la pizza ».
D’autres tournures ne se trouvent pas au lexique des figures de style, mais relèvent plutôt de la rubrique Maladresse, comme « des cauchemars de style macabre ».
Les notes d’horreur, appuyées, servent plus ou moins bien un fantastique approximatif. Le motif central est celui de paires ou de couples dont un premier élément, parfois femelle ou présumé tel, est détruit d’une façon ou d’une autre, après quoi l’élément « tueur » est destiné à subir le même sort. Appliqué de force, l’argument montre vite ses limites, entre autres quand le pont du chemin forestier s’effondre dans la rivière gonflée par la pluie, ses piliers jumeaux apparemment « mangés » l’un après l’autre (ayant été antérieurement comparés à ces canines de vampire). En quoi tout cela s’articule avec l’occasionnelle couleur africaine (la sinistre propriété est nommée « Bois d’Ébène », la moitié du jeu d’échec est désignée « le peuple noir-cacao »), on ne le saura guère. Quant aux rats, ni les premiers ni les principaux jalons de ce parcours, leur présence dans le titre du récit se justifie surtout par le calembour. [DS]