À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Georges du Tarn, né en France, ayant vécu en Chine et vivant désormais à Sainte-Sabine, au Québec, est grand-père. Alors qu’il est à la chasse aux grenouilles avec son petit-fils Eugène, il se retrouve devant une mystérieuse masse noire tombée du ciel et qui semble suspendre le temps. Puis, la masse se désagrège et forme sur le sol une mappemonde de suie parfaite. Pointant avec un bout de bois sur la carte tous les endroits importants de sa vie à l’intention de son petit-fils, Georges détruit sans le savoir le monde, avant d’annihiler l’endroit où il se trouve, la mappemonde et le monde entier.
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Commentaires
D’une manière beaucoup plus fine que dans la nouvelle « Le Double d’Udie », André Carpentier s’amuse ici à interroger notre rapport au pouvoir démiurgique et destructeur. Évoquant à la fois le monolithe noir et tout-puissant imaginé par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick (2001, A Space Odyssey, 1968) et la carte qui est le territoire de Jorge Luis Borges (« De la rigueur de la science », 1946), sa nouvelle joue autant avec les codes du fantastique que de la science-fiction. Elle soulève d’innombrables questions sur notre rapport à la représentation du monde, au territoire dans notre propre récit de vie tel qu’on peut le transmettre d’une génération à l’autre, à l’espace-temps planétaire dans lequel les humains évoluent désormais et à notre immense pouvoir destructeur sur notre environnement, pouvoir longtemps demeuré inconscient.
Par différentes stratégies narratives et rhétoriques telles que l’énumération de toponymes, la répétition ou le parallélisme (la vie des membres de la famille de Georges, répartis aux quatre coins du monde), la nouvelle parvient à créer un récit synecdotique d’une grande efficacité. Sa mise en abyme du monde et du temps apparaît autant amusante que terrifiante par son effet vertigineux et permet d’interroger dans un même mouvement le rapport des humains au local et au global. L’effet tragique du récit – la destruction du monde, non pas dans l’abstraction des foules, mais individu par individu, les membres d’une même famille décimés par le patriarche lui-même –, semble se dissoudre dans l’innocence du geste de la transmission du grand-père à son petit-fils d’une vie d’aventures et de voyages. [ED]