À propos de cette édition

Éditeur
Du Jour
Titre et numéro de la collection
Tout âge - 1
Genre
Science-fiction
Longueur
Novella
Format
Livre
Pagination
110
Lieu
Montréal
Année de parution
1975
Support
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Résumé/Sommaire

Nous sommes en 1982. Le Canada s’est doté depuis quelques années de super sous-marins pétroliers, afin d’exploiter au maximum les ré­serves sous-marines d’or noir d’Inouik Bay, dans la Terre de Baffin, au milieu des glaces. L’équi­page est entièrement constitué par des soldats de l’armée canadienne. Le lieutenant Michel Sixte revient d’une difficile mission dans les champs de glace de la Terre de Baffin, pour le compte du gouvernement canadien. Il a de­mandé une nouvelle affectation et est nommé technicien radar sur le Triton, le plus récent des navires du genre.

Alors qu’il longe la banquise au sud de la Terre de Baffin, le Triton se retrouve coincé entre la banquise et un gigantesque iceberg à la dérive. Le choc cause des avaries importantes au submersible en plus de l’immo­biliser sous une tonne de glace. Le module de queue est détruit, tuant sur le coup ses occupants. Michel Sixte et son ami Harry Karpman, électronicien et excellent plongeur, effectuent une sortie afin de trouver un moyen d’extirper le bâtiment de sa gangue de glace. Non seulement le Triton est-il prisonnier sans possibilité de se libérer, mais à cause du mouvement de l’iceberg, la tourelle de commandement subit d’importantes avaries, forçant les membres de l’équipage à rejoindre l’un des modules de sauvetage. Malheureusement pour eux, le module est propulsé contre l’iceberg, tuant tous ses occupants sur le coup.

Après ce terrible accident, le commandant Stevens parvient à faire réparer la radio et l’équipage du Triton réussit à communiquer avec le d’Iberville, un destroyer envoyé sur place pour constater les raisons du silence radio du sous-marin. Les deux commandants mettent un plan de secours sur pied, mais ils savent que le temps leur est compté. Le commandant Stevens envoie une dernière fois Sixte et Karpman en plongée, accompagnés cette fois de Richard Thompson, le cadet officier. Ils doivent guetter la présence d’une faille au moment du retournement de l’iceberg, afin d’envoyer des fusées éclairantes, pour que l’équipage du d’Iberville puisse tenter une opération de secours d’urgence. L’opération est un succès, et tous les membres d’équipage du Triton encore en vie sont secourus.

Commentaires

Ce roman souffre de nombreuses lacunes, tant au niveau du fond que de la forme. Précisons d’entrée de jeu qu’il s’agit d’à peine un roman d’anticipation, puisque l’intrigue se déroule cinq ans après la parution du roman. Outre cette projection dans un futur rapproché, il y a présence de sous-marins pétroliers gigantesques, et une mention à un « Nouveau-Québec », mais absolument rien n’est expliqué. Chaque fois que l’auteur introduit un instrument ou une machine, il se contente de la décrire comme étant « très complexe » sans jamais préciser son fonctionnement ni le processus de fabrication.

À la longue, ce recours constant à la superficialité, comme si les mécanismes de la technologie mise en place dans le roman n’étaient pas importants, devient extrêmement lassant pour le lecteur. Et parfois, on tombe tout simplement dans le ridicule. Le meilleur exemple est lorsque Sixte et son ami Karpman effectuent leur première plongée à l’extérieur du Triton. Karpman prend la peine de mentionner à Sixte qu’il y a une notice explicative située sous les commandes d’ouverture du sas, afin que ce dernier puisse les opérer sans problème. Pourtant, tout ce que Sixte a à faire pour ouvrir et refermer le sas, c’est appuyer sur deux boutons ! En aucun cas il ne consulte la fameuse notice, et la simplicité enfantine du mécanisme rend la présence de celle-ci absolument inutile.

Il en va de même pour le fonctionnement du Triton et de ses appareils : on ne sait absolument rien de leur fonctionnement, l’auteur se bornant à répéter que le tout est « très complexe » ou encore « très perfectionné ». Ajoutons à cela l’utilisation d’un matériel de plongée qui semble d’une fragilité excessive en comparaison, puisque Sixte et Karpman sont constamment en train de s’assurer de ne pas accrocher le détendeur, de peur de couper leur apport en oxygène. Bref, Charland démontre une maîtrise nettement insuffisante de la technologie mise en place dans son récit ou, à tout le moins, un intérêt inexistant pour ladite technologie.

En raison de l’intrigue, qui tourne exclusivement autour du naufrage du Triton et des efforts de son équipage pour survivre, il apparaît clair que nous sommes en présence d’un suspense maritime plutôt qu’une œuvre de science-fiction. Au-delà de cette considération relative au genre, la forme du roman pose problème. L’auteur plaque de longs et lourds passages explicatifs, où il tente de faire passer le plus d’informations possible par ses personnages, avec un résultat qui n’a aucune fluidité et qui est agressant pour le lecteur. Par exemple, la narration prend littéralement une pause, le temps d’expliquer au lecteur l’origine des sous-marins pétroliers ainsi que la situation géopolitique du Québec. On aurait pu pardonner cet arrêt si l’arrière-monde avait été approfondi et si les informations données étaient pertinentes pour le déroulement du récit. Puisqu’il n’en est rien, le lecteur en est quitte pour une longue parenthèse.

Cette situation est encore pire lorsqu’un scientifique faisant partie de l’équipe de secours du destroyer d’Iberville explique au commandant les raisons ayant mené à la présence d’un tel iceberg si près de la côte. Non seulement l’explication en elle-même est-elle inutilement longue, mais l’auteur prend la peine de spécifier, par la bouche de son personnage, que la météorologie est encore (à l’époque) une science peu étudiée. Bref, l’auteur prend la peine de présenter un long intermède pour expliquer dans le détail un phénomène climatique, mais s’empresse d’en réduire singulièrement la portée en avouant l’étendue de son ignorance ! De plus, on note d’innombrables répétitions – combien de fois peut-on parler de « petits sous-marins » et de « petits submersibles » dans un roman d’un peu plus de 100 pages ? – qui alourdissent inutilement le récit.

Ajoutons à cela des figures de style mal employées, au premier rang desquelles se trouve une métonymie récurrente et particulièrement inefficace, soit celle de parler de l’iceberg qui retient le Triton prisonnier comme d’un « glaçon ». En ce qui concerne le style général, on rencontre parfois des expressions qui auraient pu être uniformisées tout au long du roman – par exemple, l’auteur utilise majoritairement l’expression « une demi-douzaine » au lieu de « six », mais cet emploi n’est pas systématique –, ce qui s’avère agaçant vu la longueur du texte. Toutefois, lorsqu’il est fait mention du « cadavre de leurs compagnons morts », on ne peut s’empêcher de pester contre un pléonasme aussi grossier.

En fin de compte, ce roman est bâclé et inintéressant, que ce soit du point de vue science-fictionnel ou encore, si on veut être généreux, en le considérant comme un suspense maritime. [PAB]

Prix et mentions

Prix Marie-Claire-Daveluy 1973

Références

  • Carrier, Denis, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec V, p. 586-587.
  • Parizeau, Alice, La Presse, 23-06-1986, p. B5.