À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Abandonné par son père, un adolescent se joint à un gang, les Dragons blindés, établi dans les bas-fonds de Hoi Tri. Les jeunes rebelles vivent de recels et de vols à l’étalage en espérant des jours meilleurs dans cette ville qui se remet difficilement de la guerre. L’adoption internationale devient rapidement un marché lucratif quand les médecins découvrent le moyen de « blanchir » les nouveau-nés. Après avoir vendu le bébé qu’il a eu avec sa copine Hia, le narrateur envisage le suicide plutôt que de rentrer dans le rang.
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Commentaires
L’ombre de la guerre du Vietnam plane sur cette nouvelle au ton désabusé et grinçant publiée trois ans après la fin de ce conflit idéologique. Ce texte de jeunesse de Jean-Pierre April contient déjà les obsessions qui caractérisent son œuvre : l’influence des communications de masse – ici, la télévision – sur la population, l’impérialisme de la culture américaine, le choc des civilisations. L’auteur montre bien que le mode de pensée et les images mentales des jeunes rebelles sont contaminés par les produits culturels qu’ils consomment. Là où la force armée n’a pas réussi à conquérir un peuple ou un territoire, c’est l’arme des médias de masse qui parvient à coloniser les esprits en modifiant les mœurs et le mode de vie des Asiatiques.
Jean-Pierre April affectionne les personnages de rebelles prêts à tout, même au suicide, pour préserver leur liberté. Le narrateur est construit dans ce moule, ce qui ne l’empêche pas d’être conscient de son aliénation. La dernière phrase de la nouvelle est un doigt d’honneur aux sociétés occidentales blanches et bien nanties : « J’espère seulement que notre bébé blanc jaunira avec le temps. »
« Les Orphelins de Hoi Tri » est aussi, dans une certaine mesure, une ébauche du roman Berlin-Bangkok puisque la nouvelle pose la question de la maternité et de sa commercialisation dans un contexte où la race blanche détient le pouvoir économique.
Le récit évoque de façon impressionniste le quotidien de jeunes sans-abri de Hoi Tri mais il négocie mal le brusque saut dans le temps qui survient à mi-parcours. Le pays passe, sans transition, de la pauvreté et du relâchement des valeurs morales causés par la guerre à une nouvelle prospérité accompagnée du retour de la loi et de l’ordre qui signifie la fin de la liberté et du mode de vie des adolescents rebelles.
De facture somme toute classique, ce texte d’April constitue un avant-goût intéressant de son œuvre à venir. [CJ]