À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
[16 FA ; 5 SF ; 5 HG]
Le Parendoxe originel
Le Banquet de la dernière chance
La Mort d'un musicien
Ursule ou la Collaboration avec l'ennemi
Re-création
L'Œuf
TNT vs Sphinx
Photo de famille
Sophie
La Dernière Migration
Québec-Mars-Suisse
Un aller simple
Quand une femme devient premier ministre
Quand on écrit l'Histoire
Le Chat
Et vive la différence!
Et tout ça pour un mariage
L'Increvable
Extra-vagances
La Porte
Exploration
L'Intruse
Détours
Lumière
Résurrection
On a volé le…
Commentaires
Il y a quelque chose d’à la fois jouissif et exaspérant dans le recueil de Claude Boisvert, Parendoxe. Jouissif, parce que l’auteur souligne avec une ironie mordante les travers de l’humanité. Exaspérant, parce son écriture est bourrée de tics et qu’elle s’abîme souvent dans la grandiloquence verbale, dans des envolées hyperboliques où le sens se perd et qui finissent par lasser. Qu’il s’agisse de nouvelles fantastiques – la majorité des 26 nouvelles du recueil –, de science-fiction ou réalistes, le propos n’est jamais sérieux et le développement de l’intrigue se conclut régulièrement par une boutade ou une pirouette.
Boisvert cultive l’humour de potache, ce qui lui réussit mieux finalement que ses réflexions sur le sens de la vie qui donnent lieu à des textes faussement profonds. Ses cibles préférées sont les politiciens dont il ne manque aucune occasion de ridiculiser l’incompétence, les Anglais qui exploitent le peuple québécois et, en général, l’espèce humaine, à la fois industrieuse et gaffeuse, intelligente et stupide, curieuse et prétentieuse. En fait, son plus grand défaut, c’est son sentiment de supériorité.
On en trouve un bel exemple dans « La Dernière Migration ». Le chef des partisans de l’exode de la Terre abandonne ceux qu’il a entraînés dans cette aventure pour rebrousser chemin et venir se poser sur la Lune. Il espère ainsi, après une période d’hibernation de quatre mille ans, revenir sur Terre et être reçu comme un dieu. Il arrive souvent chez Boisvert que les innovations technologiques échappent à ceux qui croient les contrôler, accréditant ainsi l’image que l’homme est un apprenti sorcier. Le seul personnage dont l’invention ne se retourne pas contre lui est ce photographe misanthrope, dans « Photo de famille », qui pétrifie les politiciens avec son appareil photo à trois dimensions et fait ainsi œuvre de salubrité publique.
Dans plusieurs nouvelles, les ressorts comiques reposent sur l’utilisation de personnages historiques légèrement trafiqués (« Quand on écrit l’Histoire ») ou sur la réinvention des mythes. Dans « Re-création », il s’agit de la réécriture de la création de l’espèce humaine tandis que « L’Œuf » livre une version rétro-futuriste de l’arche de Noé. Plusieurs textes classés fantastiques misent sur l’altération de la perception et peuvent amener le lecteur à conclure que le narrateur est fou. C’est le cas notamment de « Et tout ça pour un mariage ». Si Claude Boisvert mise à l’occasion sur l’absurde pour faire ressortir certains travers, cela ne le dispense pas d’être conséquent dans la narration des faits. Dans « L’Intruse », il y a une contradiction énorme qui mine grandement la nouvelle. Le narrateur affirme que la jeune fille qu’il a recueillie – visiblement une androïde – semble deviner ses pensées et répond à ses moindres désirs « sans que j’aie à demander quoi que ce soit ». Pourtant, le narrateur la désire secrètement mais il est incapable de l’étreindre, paralysé par le regard de la créature qui se refuse à lui.
Même s’il fait sourire, Parendoxe laisse un goût amer dans la bouche, Boisvert étant davantage un misanthrope qu’un moraliste. Deux nouvelles, en outre, suscitent un malaise à la lecture. Dans « Le Banquet de la dernière chance », un scientifique québécois a trouvé une manière d’inculquer à ses compatriotes le sens des affaires, la suffisance et les techniques d’exploitation des travailleurs que maîtrisent à merveille les Anglais. Le banquet en question réunit quarante Québécois invités à manger le cerveau de 40 Anglais pour assimiler leur aptitude à la réussite financière. Un peu douteux, non ?
L’autre nouvelle, intitulée « Quand une femme devient premier ministre », relate l’ascension politique d’une prostituée dont la clientèle est constituée de politiciens de toutes allégeances. Chacun étant sujet à chantage, la meilleure façon d’éviter le scandale est de la faire élire premier ministre. Cynique à souhait, mais comment les femmes recevraient ce texte aujourd’hui ? On peut parler, à tout le moins, de misogynie.
En résumé, Parendoxe est un recueil très inégal qui aurait profité d’une bonne direction littéraire. Il aurait fallu retrancher six ou sept nouvelles qui exploitent la même prémisse ou la même idée, brider l’auteur qui a une propension aux divagations poético-existentialistes et, surtout, éliminer cette orgie de points de suspension et l’utilisation excessive de mots en lettres capitales. Ces tics d’écriture viennent souligner typographiquement le manque de subtilité et de finesse du réquisitoire de l’auteur contre la bêtise de l’humanité. [CJ]
Références
- Bélil, Michel, imagine… 11, p. 50-51.
- Boivin, Aurélien, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VI, p. 603-604.
- Spehner, Norbert, Solaris 28, p. 17.