À propos de cette édition

Éditeur
Du Jour
Titre et numéro de la collection
Les romanciers du jour - 68
Genre
Science-fiction
Longueur
Roman
Format
Livre
Pagination
183
Lieu
Montréal
Année de parution
1970
Support
Papier

Résumé/Sommaire

Patience Blondin est une jeune femme de vingt-trois ans qui vient tout juste d’arriver à Montréal, après avoir quitté la maison familiale en campagne. Elle a trouvé à se loger dans la pension de madame Tremblée, une vieille veuve. Firlipon Roger est un fonctionnaire municipal et un coureur de jupons notoire qui habite lui aussi la pension de madame Tremblée. Au fil de leurs rencontres, Patience et Firlipon ressen­tiront les premiers signes d’un émoi amoureux, mais ce n’est qu’au terme de multiples péripéties et événements rocambolesques qu’ils uniront enfin leurs destinées.

Autour d’eux gravitent les autres locataires de la pension, ainsi que madame Tremblée elle-même. Alors que les hommes de l’immeuble sont tous attirés par Patience, et que certains sont prêts à user de violence pour parvenir à leurs fins, Firlipon est la cible des attentions des femmes qui logent chez madame Tremblée. Cette situation amène son lot de confrontations et de conflits. De plus, lorsque Firlipon réalise qu’il est amoureux de Patience, il vit une crise existentielle qui le pousse à commettre une série d’agressions et d’actes immoraux à travers la ville, alors que les forces policières sont à sa poursuite. Cette crise affecte durement madame Tremblée, elle-même amoureuse de Firlipon, et la transforme de manière durable.

Quant aux locataires de la pension, ils ébauchent les théories les plus farfelues afin d’expliquer le comportement de Firlipon. Lorsqu’il accepte finalement la nature de ses sentiments pour Patience, il revient vers elle et ils décident d’un commun accord de se marier et d’organiser la fête directement à la pension. Durant les festivités, l’alcool coule à flots, et les débordements des invités sont nombreux. Firlipon fait un rêve étrange qui tient presque de l’expérience halluci­natoire.

Autres parutions

Commentaires

Ce roman entretient une étrange confusion des genres. En effet, l’auteur le présente comme un « roman d’amour », et il contient des éléments propres à la science-fiction (l’utilisation de réacteurs dorsaux par la police ; la possibilité de réécouter une émission de télévision après sa diffusion ; les moyens de communication et les ordinateurs servant à décoder les messages cryptés ; des drogues synthétiques aux effets incertains) et d’autres qui se rattachent davantage au fantastique (des épisodes d’hallucinations ; des rêves complètement éclatés qui se fondent dans le réel).

Si l’intrigue débute de manière très réaliste, elle prend un tout autre tournant dans la deuxième moitié du roman, où Firlipon se lance dans une rage destructrice qui mobilise les forces de la police et où un étrange message supposément crypté trouvé dans sa chambre nécessite l’intervention d’un expert (cagoulé !) de la CIA. Cet étrange interlude qui relève de la science-fiction – c’est à ce moment que les policiers dotés de réacteurs dorsaux sont mobilisés, et que l’usage du vidéophone est mentionné – détonne, puisqu’il n’est jamais mis en contexte ni explicité dans le reste du roman.

Il en va de même pour les épisodes plus fantastiques où les personnages semblent en proie à des épisodes psychédéliques, où les frontières de la réalité s’effacent. L’auteur n’est pas parvenu à lier toutes les parties entre elles, ce qui donne un roman éclaté et brouillon. De plus, le langage cru et volontairement vulgaire qui est utilisé à quelques reprises n’a absolument pas sa place, puisqu’il est en rupture de ton, à la fois avec le niveau de langue habituel, mais aussi avec la psychologie des personnages telle que présentée tout au long du roman.

L’impression générale de ce roman est que l’auteur a voulu tenter un amalgame de genres, mais l’entreprise est un échec retentissant. L’histoire d’amour dont se réclame l’auteur est d’un intérêt très limité, particulièrement parce que l’accent est constamment mis sur l’attirance physique mutuelle de Patience et de Firlipon au détriment de leurs sentiments. Les personnages secondaires sont caricaturaux et peu sympathiques. Ils créent une ambiance cacophonique et n’apportent pas grand-chose au récit, en plus de manquer de cohérence dans leurs réactions et interactions avec les autres personnages.

L’auteur intègre de nombreux éléments d’intrigue qui ne trouvent aucune résolution à la fin de l’histoire, ce qui donne une impression d’incomplétude. La psychologie des personnages est peu exploitée, et si elle l’est, elle est souvent contredite par des actions ou des paroles contraires à la nature du personnage. Les éléments science-fictionnels du récit auraient pu être intéressants s’ils avaient été davantage exploités et correctement utilisés, mais ce n’est pas du tout le cas. On sent que l’auteur voulait créer un effet et que l’ajout d’objets « futuristes » était simplement un moyen d’y arriver.

Si l’auteur cherchait à faire passer un quelconque message, il s’est malencontreusement perdu dans les nombreux détours empruntés par le récit. Les sous-intrigues s’enchaînent et bien peu trouvent une résolution. Le meilleur exemple est sans contredit la crise « existentielle » de Firlipon ainsi que l’épisode du soi-disant code secret trouvé dans sa chambre. L’auteur passe plusieurs pages à décrire les méfaits commis par Firlipon, ainsi que la traque effrénée que lui mènent les forces de police de la ville. Pourtant, Firlipon réussit à disparaître complètement sans laisser de traces, pour réapparaître quelques jours plus tard à la pension, comme si rien ne s’était passé. Et plus aucune référence à cet étrange épisode n’est faite par la suite. Quant au message crypté trouvé dans sa chambre, il est la source de nombreuses péripéties toutes plus rocambolesques les unes que les autres, pour finalement s’avérer n’être qu’une déclaration d’amour de Firlipon à Patience.

En ce qui concerne la dernière partie du roman, soit le mariage de Patience et Firlipon, le tout sombre dans l’excès et le grotesque, en plus d’embourber complètement l’intrigue. Le roman se termine en queue de poisson, sur un rêve étrange de Firlipon. Si les quelques références qui parsèment le récit en font une œuvre science-fictionnelle, il s’agit d’abord et avant tout d’un roman mal ficelé qui part dans tous les sens. Jacques Benoit a remporté le Prix littéraire du Québec en 1968 pour son premier roman, Jos Carbone, mais il est clair que Patience et Firlipon n’est tout simplement pas à la hauteur. Un roman à éviter. [PAB]

Références

  • Hudon, Jean-Guy, Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec V, p. 665-666.