À propos de cette édition

Résumé/Sommaire
Ce texte est un extrait de journal de Jim Trépanier, un étudiant de la section française de la littérature québécoise de la faculté des lettres de Laval University, écrit en 2029. Trépanier y raconte, dans un français approximatif mâtiné d’anglais, une partie de baseball qu’il a vue avec son ami Joe. Il en profite pour expliquer les règles du sport et pour rappeler pourquoi il aime mieux le football.
Commentaires
Ce court texte est efficace et percutant. La langue y joue un rôle crucial, tant dans sa déconstruction que dans la supposée qualité qu’elle est censée représenter. En effet, un avertissement placé en bandeau avant le texte affirme qu’il est le produit d’un étudiant fort. L’effet de cet avertissement est d’autant plus puissant qu’il est dédoublé par un autre bandeau placé en bas de page, où est cité l’article 46 de la loi 22 sur la langue officielle au sujet de la version française des textes présentés. Le contraste entre les deux bandeaux et la qualité du français utilisé par l’étudiant est frappant.
Côté parvient à exprimer les craintes relatives à la survie du français en se projetant dans un futur relativement éloigné. En choisissant de présenter le compte rendu d’une partie de baseball, dont les règles ont elles aussi fortement évolué, Côté met de l’avant la forme, sans que le fond ne vienne faire obstruction. Mais lorsqu’on s’attarde à ce qui est raconté, après avoir constaté la manière dont c’est raconté, on réalise à quel point la société québécoise de 2029 semble avoir connu des changements qui sont loin d’être positifs. Non seulement le personnage principal habite-t-il dans un HLM, mais il doit utiliser des coupons de rationnement pour accéder au stade. Il y est également fait mention d’un hymne continental, ce qui laisse croire que la géopolitique nord-américaine a passablement évolué.
Finalement, les règles du baseball, telles qu’expliquées par le narrateur, achèvent de convaincre le lecteur de la déliquescence de la société. En effet, les arbitres sont armés de mitraillettes, pour éliminer un joueur il faut le tuer en lui lançant la balle par la tête, et lorsqu’un joueur est retiré au marbre, il est promptement abattu par un arbitre. La conclusion, où le narrateur réaffirme sa préférence pour le football, qu’il considère comme un sport réellement violent, laisse craindre le pire.
Bref, il s’agit d’un texte à lire absolument, ne serait-ce que pour l’ironie de le voir publié dans un numéro de Québec français. [PAB]