À propos de cette édition

Langue
Français
Éditeur
Hurtubise HMH
Titre et numéro de la collection
L'Arbre
Genre
Fantastique
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
144
Lieu
Montréal
Année de parution
1978
Support
Papier

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Dès le titre de ce recueil d’André Carpentier, le lecteur sait dans quel univers il sera plongé : Rue Saint-Denis, un univers campé dans la réalité montréalaise, dans une réalité connue, voire familière. Le sous-titre, quant à lui, fait glisser ce lieu dans l’imaginaire : Contes fantastiques ; bien que réelle, la rue Saint-Denis devient le théâtre d’événements surnaturels. Il est à noter qu’on devrait sans doute parler de « nouvelles » et non de « contes », le seul texte de ce recueil se rapprochant de l’univers du conte étant « Le Double d’Udie » ; en effet, même si une partie de l’action se déroule bien à Montréal, le nœud de l’intrigue met en scène Dieu lui-même.

Dans « Les Sept rêves et la réalité de Perrine Blanc », la première nouvelle du recueil, on retrouve un personnage, Perrine, qui revit, par le rêve, des moments importants de sa vie. Cette nouvelle se termine par une boucle temporelle : en effet, tout en assistant à la mort de Perrine dans la réalité, on revit la mort d’Emma Brisebois (qui, finalement, serait aussi Perrine) dans le passé, trépassée alors que Perrine était conçue et, par les points de suspension, le lecteur comprend que la mort de Perrine coïncidera avec la conception d’une autre enfant. Ce thème de la boucle temporelle est repris dans la dernière nouvelle du recueil, « La Bouquinerie d’Outre-temps », où Luc Guindon, historien, et son grand-père, Lucien Guindon, auteur d’anticipation, semblent en fait la même personne. Ce faisant, le recueil fait une boucle thématique, ouvrant et fermant l’accès à l’univers particulier de la rue Saint-Denis en abordant un thème semblable, où passé, présent et futur s’entremêlent.

Ces boucles temporelles exploitent aussi le thème très présent du double : Perrine/Emma, Luc/Lucien. Dans la nouvelle « Le Double d’Udie », Dieu voit une copie de sa femme en train de faire du vélo. En voulant la récupérer, le Créateur réduit le monde à néant, autre thème qui teinte ce recueil. En effet, dans « La Mappemonde venue du ciel », une carte permet de faire disparaître des villes entières, alors que dans « Le Coffret de la Corriveau », c’est plutôt un personnage qui disparaît dans un boîtier.

Le recueil présente aussi certaines menaces surnaturelles. Dans « La Cloche du Bi », nous sommes plongés dans une maison malveillante ; le danger est représenté par un coffre dans « Le Coffret de la Corriveau » ou par un câble de bateau dans « Le Fatala de Casius Sahbid ». La rue Saint-Denis, lieu quotidien, devient ainsi inquiétante. Toutefois, dans « Le Mage Pichu, maître de magie », il y a un retournement de situation digne de mention : l’être méchant, le magicien capable de tuer quelqu’un à distance, se fait prendre à son propre jeu. Par désir de vengeance, il devient la victime de son pouvoir. Les personnages victimes de la sorcière de la nouvelle « Aux fleurs de Victorine » ne connaîtront pas une fin aussi heureuse…

Bref, ce recueil est bien construit, tant par les liens tissés entre les nouvelles que par le dosage entre inquiétude et légèreté. Car, oui, même si les thématiques abordées par Carpentier sont plutôt intenses, le style, de son côté, est plutôt léger, voire humoristique à l’occasion. Ces qualités rendent la lecture de ce recueil très agréable. [LA]

Références

  • Lord, Michel, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec VI, p. 711-713.
  • Pelletier, Yves, Transit 4, p. 53.
  • Spehner, Norbert, Requiem 26, p. 15-16.