À propos de cette édition

Éditeur
Fides
Titre et numéro de la collection
Du Goéland
Genre
Hybride
Longueur
Recueil
Format
Livre
Pagination
123
Lieu
Montréal
Année de parution
1975

Commentaires

Robert Choquette a été un pionnier du radioroman ; sa personnalité littéraire « a marqué notre histoire de la littérature radiophonique et télévisuelle » a écrit Renée Legris. Il ne faut donc pas se surprendre si Le Sorcier d’Anticosti réunit seize récits qui ont d’abord été diffusés à la radio sous forme dialoguée dans le cadre d’une série d’émissions hebdomadaires intitulée Les Légendes du Saint-Laurent. Ces récits étant publiés dans la collection du Goéland qui s’adresse aux jeunes, Robert Choquette a privilégié la forme brève et conservé beaucoup de dialogues dans la narration. L’ensemble se présente comme un florilège de légendes qui empruntent autant au conte qu’au commentaire didactique. Dans « Les Loups-garous » par exemple, l’auteur raconte en six pages quatre cas de lycanthropie. L’inventaire prime sur le souci dramatique.

Au demeurant, je n’ai pas découvert ici un récit ou une légende qui m’était inconnu. C’est toujours le même fonds patrimonial qui est res­sassé et servi parfois avec quelques épices différentes qui établissent le style de l’écrivain. En ce sens, le recueil de Choquette ne se démarque pas vraiment de celui de Claude Aubry, Le Violon magique et autres légendes du Canada français (1968). Choquette pige sans remords dans le répertoire de Joseph-Charles Taché, d’Honoré Beaugrand, d’Aubert de Gaspé et de Charles-Marie Ducharme. Sa défense repose sur l’argument suivant, exprimé en préface : « À qui appartiennent ces récits que la tradition orale véhicule depuis des siècles ? Ils appartiennent au fonds commun, qui veut dire, à nul et à chacun. Tout écrivain est justifié de les accommoder à sa façon. C’est ce que j’ai fait. » On me permettra de préférer tout de même les versions « originales » (généralement plus longues) aux resucées (souvent tronquées et amputées de détails intéressants).

Ce qui fait néanmoins l’intérêt du Sorcier d’Anticosti, c’est la posture moderne qu’adopte l’écrivain en cultivant le doute, en remettant en question la crédibilité de certains témoignages ou la vraisemblance des faits historiques. Il impose constamment une distance entre son époque et le temps des récits qui se situent toujours dans un passé lointain qui remonte à deux ou trois siècles. C’est ainsi que « La Chasse-galerie », dans la version qu’il livre, n’est pas un récit fan­tastique. « […] tant mieux pour son âme, c’est en rêve qu’il avait couru la chasse-galerie. » Et il ajoute : « Mais ça ne prouve pas que ce genre de voyage n’arrivait jamais pour de vrai, au temps des anciens. La chose a dû se produire plusieurs fois. Au moins quelques-unes. Au moins une. » Ambivalence, donc.

Il est assez symptomatique de constater que le récit éponyme n’est pas fantastique lui non plus, le sorcier d’Anticosti se révélant être un ermite qui cultive sa réputation d’ogre sans en être un. Par contre, dans les différentes versions que j’ai lues de « La Légende de Cadieux », aucune n’était fantastique alors que celle de Choquette l’est en raison de l’intervention de sainte Anne. Cadieux lui-même est un personnage historique, légendaire certes mais non fantastique.

À la fin de la lecture du Sorcier d’Anticosti, on est porté à croire que le merveilleux et le surnaturel sont disparus du monde moderne. Il n’en est rien pourtant : ils s’expriment tout simplement de façon différente dans l’imaginaire d’aujourd’hui, par l’entremise du fantastique et de la fantasy. [CJ]

Références

  • Boivin, Aurélien, Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec V, p. 838-839.
  • Cloutier, Georges Henri, Solaris 93, p. 8.
  • Martin, Christian, Temps Tôt 21, p. 36-37.
  • Pion, Catherine, Collections, vol. 2, n˚ 6, p. 26.